
Bernard Foccroulle, Director of Aix-en-Provence festival, has kindly accepted to share his final report, reflecting on the theme Culture as a catalyst for creativity and innovation. This report is only available in French.
Introduction
Cette session comprenait trois ateliers :
Lors de la rencontre avec les trois modérateurs qui a suivi ces ateliers parallèles, j’ai été frappé par une réflexion de Katja Reppel (DG Entreprises), modératrice de l’atelier A, qui questionnait l’équation « culture = créativité », qui semblait aller de soi pour la plupart des intervenants. Mais toute culture est-elle nécessairement synonyme de créativité et d’innovation ? Et n’y a-t-il pas des exemples frappants de créativité en-dehors du champ de la culture et de al création artistique ?
Plutôt que de nous laisser emporter par une équation trop simpliste entre ces deux termes, ne devrions-nous pas plaider plutôt pour des alliances et des synergies, dans le respect des identités spécifiques de chaque sphère d’activités ?
Cette réflexion m’a rappelé le contenu de discussions qui ont eu lieu durant les Rencontres Européennes d’Aix-en-Provence et d’Avignon en juillet 2009 : il est apparu en effet que nombre d’artistes rencontrent de plus en plus de difficultés à pouvoir réunir les conditions d’un travail véritablement créatif et innovant, pour des raisons diverses, qui tiennent autant au financement qu’à l’organisation de la vie culturelle. Pouvoir prendre le temps de créer, d’expérimenter, pouvoir prendre des risques, voilà des nécessités impérieuses qui se posent aux artistes et aux institutions culturelles.
Autrement dit, réfléchir sur les notions de créativité et d’innovation ne porte pas seulement sur les possibles interactions entre culture et industrie, mais aussi – et avant tout ? - sur le développement du monde culturel lui-même.
Cela dit, les interventions et débats ont permis de faire émerger un certain nombre de préoccupations dominantes, que je vais tenter ici de thématiser succinctement. Cette synthèse comporte une forte part de subjectivité, et devrait certainement être complétée par d’autres regards et par l’insertion de propositions concrètes qui ont été formulées mais ne peuvent pas toutes figurer dans un texte de synthèse.
1. Transversalité, interdisciplinarité, innovation
Il apparaît très clairement que créativité et innovation sont fortement liées à la mise en relation de disciplines différentes, complémentaires, parfois très éloignées les unes des autres. On constate d’ailleurs que de plus en plus d’artistes créatifs sont attachés à cette dimension de décloisonnement dans leur travail, soit individuel, soit en équipe.
Il faut toutefois souligner que très souvent, les politiques culturelles régionales ou nationales sont mal adaptées à l’interdisciplinarité !
Robert Marijnissen (Amsterdam, AMIDSt) défend l’idée de plateformes ultra-innovatrices, susceptibles de porter des projets à risques, à forte valeur innovante. Il croit beaucoup dans l’innovation provenant de connexions inattendues, et recommande dès lors des plateformes souples, non rigides, susceptibles de créer surprise et créativité.
Pekka Korvenmaa (Taik University of Art and Design, Helsinki) présente une initiative pluridisciplinaire à Helsinki: trois départements universitaires ont créé un espace commun associant technologie, management et design. Cette expérience est féconde, et pourrait se transposer à l’échelle européenne.
Il reste toutefois nécessaire que chacun conserve son identité propre: en mélangeant toutes les couleurs, on obtient une couleur brun-gris qui n’est pas du tout attractive, ni créative, ni innovante!
L’Union Européenne aurait certainement intérêt à promouvoir plus largement des expériences de ce type, d’une part à l’intérieur du champ culturel, et d’autre part entre le champ artistique et d’autres secteurs de la vie économique et sociale.
2. Des relations nouvelles entre le monde culturel et le monde économique
Les discussions ont donné l’impression que le monde artistique et culturel est plus ouvert aujourd’hui qu’il y a dix ou vingt ans à la perspective de développer des partenariats avec le monde des entreprises. Certes, les dangers d’instrumentalisation restent présents à l’esprit, mais de nombreux artistes ou institutions perçoivent mieux l’intérêt potentiel de ces partenariats qui vont bien au-delà des relations de « parrainage » ou « sponsoring ».
On en trouve un exemple original dans la proposition de « résidences d’artistes en entreprises » formulée avec succès par « Marseille-Provence, capitale culturelle européenne 2013 ».
Les relations dont il est question ne devraient dès lors pas être limitées aux relations entre artistes et industries culturelles, même si celles-ci ont naturellement un caractère privilégié.
J’ai été frappé d’autre part par la réflexion de Raj Isar qui soulignait le fait que le champ artistique échappe pour une bonne part à la logique marchande, et que cette spécificité doit être reconnue et respectée, même dans le contexte de cette réflexion sur les relations entre les deux secteurs. Il me semble voir dans cette réflexion une invitation à penser que dans certains cas les artistes ont intérêt à se déplacer vers le monde économique, et dans d’autres cas, ce serait aux entreprises de venir à la rencontre d’artistes, même très éloignés de leur monde de fonctionnement.
D’autre part, les inquiétudes du monde des industries culturelles ont largement été évoquées, et sont reprises notamment dans le point suivant.
3. La diversité culturelle en danger ?
La diversité culturelle est fréquemment invoquée, notamment en ouverture de ce Forum, comme une valeur essentielle aux yeux des Européens et de l’Union Européenne. Mais cette diversité culturelle n’est-elle pas en danger, n’a-t-elle pas déjà entamé un fort mouvement de repli et de récession ?
Jordi Savall a rappelé que l’après-guerre a vu l’arrivée des techniques d’enregistrement de la musique dont l’impact positif a été considérable, mais qui ont également eu comme conséquence directe la disparition rapide de milliers d’ensemble musicaux amateurs ou professionnels dans les villes et villages de toute l’Europe. Ne nous trouvons-nous pas aujourd’hui face à une mutation technologique encore plus puissante, dont les conséquences positives et négatives forment un tout d’une extraordinaire complexité ?
Dans son intervention, Michel Lambot souligne ce paradoxe: l’accès au public est plus facile que jamais, l’accès au marché est plus difficile que jamais!!
Il lance un véritable cri d’alarme! Les PME culturelles sont menaces de disparition face à la concentration, à la croissance des technologies…
Il formule une série de propositions visant à préserver une diversité culturelle européenne extrêmement appréciable, mais à ses yeux, en danger.
4. L’art à l’école, ferment de créativité et d’innovation
On aura noté durant les différentes sessions de ce Forum l’expression d’un consensus unanime sur l’importance de la formation artistique à l’école, depuis le fondamental jusqu’à l’université. Les enjeux dépassent la sphère artistique : c’est bien de la nécessité d’un enseignement globalement plus créatif qu’il s’agit.
Mais l’évolution actuelle ne va-t-elle pas plutôt dans le sens d’évacuer les pratiques artistiques de l’école ? Comment l’Union européenne peut-elle favoriser le retour des pratiques artistiques dans l’enseignement général, et à travers elles, stimuler la créativité et l’innovation auprès de dizaines de millions de jeunes Européens ?
Yannick Guin (Nantes) donne l’exemple de clusters associant écoles d’art et entreprises nouvelles aboutissant à des projets développant l’innovation. Nantes fait partie d’un réseau européen de villes qui favorise l’échange des bonnes pratiques. Voici un indice supplémentaire de la valeur ajoutée de ces réseaux européens dont le nombre de cesse de croître.
Un message encourageant a été apporté en ouverture du Forum par la Ministre suédoise de la Culture, qui a clairement indiqué la volonté de la présidence suédoise de faire avancer concrètement ce dossier « art et éducation ».
5. Questions sur le copyright
La question du copyright a été clairement adressée par les éditeurs, très fragilisés par la montée du piratage. Ronald Schild (Libreka) a également expliqué la menace que Google fait peser sur le monde de l’édition en numérisant les ouvrages « out of print » et les livres « orphelins ».
On constate toutefois des opinions divergentes selon qu’on adopte le point des éditeurs, des artistes, ou celui des consommateurs. A l’ère de la numérisation et d’Internet, comment trouver le moyen de rémunérer les auteurs, les interprètes et les éditeurs, tout en élargissant considérablement l’accès aux œuvres de création?
La solution passerait-t-elle par le développement intensif d’une offre payante mais très accessible ? L’Union européenne sera-t-elle en mesure d’accompagner, de faciliter une telle évolution ?
On a également mentionné deux projets de la Commission (le Digital Agenda et le projet sur la Propriété Intellectuelle) auxquelles le monde culturel devra se montrer attentif et dont il devra impérativement s’emparer afin d’en nourrir le contenu et de formuler ses propositions spécifiques.
6. Une politique culturelle concertée à l’échelle de l’Union Européenne
L’atelier consacré à la relation entre culture et développement régional a fait ressortir toute la richesse de cette relation, mais a fait apparaître également certaines conditions indispensables pour un développement harmonieux.
Patricia Salvaçao Barreto (Ministère de la culture, Portugal) souligne la nécessité d’intégrer la culture dans le développement régional en s’appuyant sur des partenariats entre le monde culturel (parfois réservé), la société civile (encore trop peu impliquée) et le monde économique.
Elle suggère le concept d’intelligence territoriale, qui consiste à inclure les communautés locales dans les projets culturels régionaux ambitieux.
Beatriz Garcia (Liverpool) fait observer que lors des capitales culturelles européennes, les opérations culturelles qui ont le plus grand impact à moyen et long terme sont les opérations à petite échelle. A l’échelle d’une politique culturelle et industrielle, n’est-ce pas une orientation possible : tabler sur un grand nombre de petits projets à forte valeur innovante, et pas seulement sur des projets spectaculaires ?
Ce qui ressort clairement de cet atelier, c’est à nouveau la nécessité de la transversalité. Ce qui apparaît comme une nécessité à l’échelon des villes et des régions, peut sans doute servir de modèle à l’échelle de l’Europe.
Sébastien Saunier présente l’exemple de l’IFCIC (Institut Français pour le Financement du Cinéma et des Industries Culturelles), qui assure des formes de soutien sous forme de produits financiers adaptés au numérique. Cette forme de soutien financier qui n’appartient à la catégorie des « subsides » mais plus tôt des « investissements », pourrait inspirer également l’action de la Commission.
Guillermo Corral van Damme (Ministère de la Culture, Espagne) exprime une attente ressentie par de nombreux participants, considérant que nous avons besoin d’une stratégie globale culturelle européenne. Il évoque différents domaines d’une intervention possible et souhaitable de la Commission.
Conclusions
La transversalité est un fil rouge qui a parcouru tout ce Forum. La transversalité se décline à tous les niveaux : entre différentes disciplines artistiques, entre institutions culturelles et le monde associatif, entre le monde culturel et celui de l’éducation, de la recherche et de l’économie, et enfin au niveau des politiques culturelles.
C’est d’ailleurs la force et l’originalité de l’Agenda Culturel de l’Union européenne, qui repose sur cette nécessaire transversalité, bien marquée lors de ce Forum par la présence - très appréciée - de responsables de plusieurs directions générales.
Le rapport entre culture et éducation forme un autre fil rouge, d’une importance considérable. Comment l’Union européenne pourra-t-elle renforcer cette dimension essentielle dans ses politiques éducatives et culturelles ?
Lors de la cérémonie de remise des prix littéraires européens, le Président J.M. Barroso a redit son intention de placer la culture et la créativité en tête des priorités de la future Commission.
Le sentiment qui domine parmi les participants à ce deuxième Forum Culturel Européen est que l’Union Européenne doit maintenant passer à l’acte, et concrétiser différents projets en phase avec l’Agenda Culturel. Cet effort de concrétisation devrait un effort de toutes les parties concernées, la Commission et ses différentes Directions Générales, le Parlement européen, mais aussi les Etats membres et les Régions. Conséquence directe de la transversalité évoquée plus haut, la question de la coordination entre ces différents niveaux de pouvoir s’avère cruciale.
La crise économique ne réduit pas la nécessaire focalisation des partenaires européens sur ces questions culturelles : elle impose au contraire des mesures d’urgence, pour le court, le moyen et le long terme.
Localisations:
Belgique Domaine thématique:
Politique et administration culturelle ,politique culturelle européenne Taggé comme:
brussels, commission, cultureforum09, europe, policy
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