
Par Anna Bernadska, Directrice de Programme, Centre pour le Développement de l’Education artistique, Kiev
(septembre 2005)
Les organisations non gouvernementales (ONG) existent en Ukraine depuis l’indépendance du pays en 1991. Elles résultent des réformes du marché et de la libéralisation adoptées au moment de la transition de l’Ukraine du socialisme à la démocratie.
Tandis que la plupart des ONG présentes dans le pays étaient impliquées dans les réformes économiques et sociales, les ONG culturelles se sont concentrées sur la promotion d'une identité nationale retrouvée et d’un esprit de fierté nationale pour la langue et la culture ukrainiennes. Elles ont largement englobé l’art contemporain sous toutes ses formes, et soutenu le développement de la politique culturelle et les progrès en matière de gestion des arts et de l’éducation. Les ONG culturelles ont développé des activités à l’échelle internationale, adoptant rapidement des pratiques modernes, tandis que les institutions culturelles ukrainiennes, appartenant à l’Etat, étaient à la traîne.
Les ONG culturelles sont réparties dans toute l’Ukraine. Les ONG de Kiev et des autres grandes villes sont plus développées que celles des régions rurales. Il est difficile d’estimer le nombre d’ONG culturelles ; selon plusieurs sources, le nombre total estimé se situerait entre deux et trois cents. La plupart de ces organisations sont petites et ne disposent pas de capacités organisationnelles développées. La limitation des infrastructures de ces ONG est due au manque d’opportunités de financement et aux restrictions légales imposées.
La première loi ukrainienne à opposer la fonction des ONG à celle des institutions culturelles étatiques est la loi sur les Fondements de la législation sur la Culture, adoptée en 1992. Cette loi définissait les ONG comme des personnes morales ayant le même droit au financement que les institutions étatiques. Malgré cela, les ONG culturelles restaient à l’écart du système de financement du gouvernement. Les fondations étrangères et le parrainage limité des entreprises ont constitué leurs seules sources de soutien pendant près de quatorze ans. C’est grâce à ce soutien que les ONG culturelles en Ukraine ont réussi à survivre sans financement gouvernemental pendant plusieurs années.
Le revenu professionnel des ONG culturelles demeure très modeste en raison de la législation restrictive concernant la culture. Si les ONG souhaitent maintenir leur statut d'organisation culturelle sans but lucratif, elles ne sont pas autorisées juridiquement à se lancer dans bon nombre d’activités commerciales. Ces restrictions ont longtemps affecté les ONG et leur durabilité.
Les récentes réformes de la politique culturelle, présentes dans le nouveau Cadre conceptuel pour la Politique culturelle de l’Etat (2005), ont encouragé les institutions culturelles, étatiques aussi bien qu’indépendantes, à augmenter leurs revenus (gagnés ou reçus) en s’engageant plus activement dans des activités commerciales et des collectes de fonds. La collecte de fonds est loin d’être adoptée par de nombreuses ONG.
Les avantages légaux pour les dons de bienfaisance et le soutien privé d’ONG culturelles demeurent peu nombreux, malgré la loi sur la Charité et les Organisations caritatives (1997), qui accorde jusque 4% d’exonération d'impôts aux budgets locaux des organisations sans but lucratif. Ces avantages fiscaux ont été imaginés pour stimuler les contributions privées pour la culture, mais, comme il est d’usage en Ukraine de ne pas déclarer les profits réels, cette loi a peu de chance d’être appliquée comme il se devrait. Un projet de loi sur les Mécènes et les Activités de Mécénat, prévu pour promouvoir les activités philanthropiques dans le domaine, est en phase de discussion depuis plusieurs années, sans aucun résultat.
Le financement est si difficile pour les ONG culturelles que celles-ci font pression pour obtenir la réforme des restrictions qui limitent le financement gouvernemental et la possibilité de générer des revenus professionnels. Les récents changements apportés ont autorisé les ONG culturelles à améliorer leur financement en formant un partenariat avec les autorités locales et en participant aux compétitions du ministère de la Culture et du Tourisme pour obtenir des subventions.
En dépit des obstacles financiers que doivent surmonter les ONG culturelles en Ukraine, celles qui recherchent la coopération internationale et la participation à des activités internationales sont nombreuses. La coopération s’établit presque entièrement au niveau de contacts personnels plutôt qu’institutionnels. Bien que le gouvernement ukrainien ait déclaré la coopération culturelle internationale comme étant une priorité politique, il ne l’a que peu soutenue. L’écrasante bureaucratie et la corruption gouvernementale ont jusqu’à présent empêché l’Ukraine de participer aux fondations et aux programmes européens majeurs.
La situation commence néanmoins à changer. On peut espérer que, après la Révolution Orange et une fois le pays stabilisé et la corruption amenuisée, les autorités remédieront au manque de coopération sur une plus grande échelle. Et si la mise en place de réformes dans le domaine culturel connaît un succès, la culture ukrainienne pourra s’épanouir et présenter une image positive du pays au reste du monde.
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