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Simão SOUINDOULA
Historien. Expert UNESCO
C.P. 2313
Luanda (Angola)
Tel. : + 244 929 79 32 77
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INTRODUCTION
L’un des faits majeurs de l’évolution culturelle de l’Afrique, aux débuts des 80, a été, sans nul doute, le lancement du Projet Centre International des Civilisations Bantu.
L’initiative sera donc mise en œuvre, durant le premier mandat d’Amadou Mahtar Mbow à la tête de l’UNESCO. Ce processus, laborieux, a bénéficié, naturellement, a toutes de ces étapes, de l’attention personnelle de ce dernier.
En effet, le Directeur General de Fontenoy sera le principal conseiller de la conduite de ce plan de création institutionnelle, en coordination avec l’Etat, initiateur du CICIBA, le Gabon, dont le Représentant Permanent a Miollis n’était autre que, Jean Ping, actuellement, Président de la Commission de l’Union Africaine.
En effet, le pilotage a bon port de cette initiative avait une dimension politique, diplomatique et technique, que l’Igcisa, homme expérimenté dans le traitement des dossiers internationaux, va aider à gérer.
L’UNESCO sera, naturellement, présente, le 8 janvier 1983, a la signature, par une dizaine d’Etats de l’aire culturelle bantu, de la Convention portant création du CICIBA.
Le démarrage des activités de la nouvelle institution et la mise en œuvre de ses programmes sera amorcée sous les conseils du bras culturel des Nations Unies.
Nous allons aborder, successivement, dans le présent témoignage, la contribution du « Sahélien de l’UNESCO » dans la conception du projet et des programmes de la Case des Bantu, l’exécution et la consolidation de ses activités dans les domaines documentaire, scientifique et de production et d’ animation culturelle jusqu’ en 1987.
CONTRIBUTION DIPLOMATIQUE
La caution morale de l’UNESCO aidera, décisivement, au lancement du centre d’Agondje.
C’est ainsi que plus de la moitie des pays de l’aire culturelle définie par Joseph Greenberg, adhéreront a la Convention du 8 janvier, en qualité d’Etat membre ou d’Etat associe ; le restant des nations, ayant le statut d’observateur a l’organisation régionale.
Signeront cet instrument juridique, l’Angola, la Centrafrique, les Comores, les deux Congo, le Gabon, la Guinée Equatoriale, le Rwanda, Sao Tome et Principe et la Zambie.
Se réserveront le statut de observateurs, le Burundi et le Nigeria.
Le Cameroun rejoindra la famille des Atu, un peu plus tard.
Néanmoins, seront associes a tous les programmes du Centre, le restant des Etats de l’aire culturelle, l’Afrique du sud, postapartheid, le Botswana, le Lesotho, Madagascar, le Malawi, le Mozambique, la Namibie, indépendante, le Swaziland, la Tanzanie, l’ Ouganda et le Zimbabwe, indépendant.
CONTRIBUTION SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE
Sous l’œil d’AMM, Fontenoy va participer à l’elaboration des premiers projets de programmes de l’organisation de coopération culturelle régionale en gestation.
Ceux-ci seront orientes sur trois axes :
- La constitution d’une Banque de Donnes Informatisée ;
- L’organisation de la recherche scientifique dans des domaines tels que l’archéologie, la linguistique et les traditions orales, la médecine traditionnelle et l’ethnomusicologie ;
- Les productions culturelles, l’animation et la promotion artistique.
PREMIER ACCORD – CADRE DE COOPERATION
Le DG africain de l’UNESCO co-signera la première convention de coopération entre cette institution spécialisée des Nations Unies et le CICIBA, instrument qui permettra, d’ une part, la mise en place d’une assistance technique, décennale, du Programme des Nations pour le Développement en faveur de l’organisation interrégionale africaine, et d’ autre part, le soutien direct de « Fontenoy » dans les programmes de la « Case des Bantu ».
La première grande action qui sera réalisée, dans ce cadre, est la Table-Ronde Internationale des Bailleurs de Fonds et Partenaires du centre, organisée avec l’appui du PNUD et de l’UNESCO.
Cette réunion a facilitée, presque immédiatement, l’ obtention d’ importants concours financiers en faveur du Centre des « Hommes », tels que ceux du Ministère français de la Coopération ou des fondations telles que la Rockefeller, qui a soutenu, substantiellement, l’ organisation de la deuxième édition de la Biennale de l’ Art Bantu Contemporain, tenue a Kinshasa, en juillet 1986.
Cette manifestation avait, par ailleurs, reçu un autre appui financier, directement du siège de l’UNESCO, par le biais du Fonds International de la Promotion Culturelle (FIPC).
La Table-Ronde Ronde crédibilisera « l’incubateur de l’ubuntu », en permettant la poursuite de l’assistance de sociétés telles qu’Elf Gaon.
L’un des axes qui sera active, dans ce cadre, est celui portant sur le perfectionnement des cadres scientifiques et des informaticiens des Etats membres.
Une dizaine de séminaires sera organisée, a cet effet, jusqu’ en 1987.
Des informaticiens seront, véritablement formes, à Libreville. Se sont eux qui géreront les micro-stations nationales de la Banque de Données, centrale.
Des réseaux de collaboration et d’échanges scientifiques seront mis en place autour de bulletins spécialisés et de la revue Muntu.
RESULTATS STRUTURANTS
Les résultats se révéleront assez structurants, dans tous les domaines d’intervention de ce concours onusien, après 1987.
Faits symptomatiques, le centre de l’échangeur de Lalala recevra la visite de Javier Perez de Cuellar, Secrétaire General des Nations Unies et celle de Federico Major, Directeur General de l’UNESCO, successeur du Mbuta Muntu.
Plusieurs de cadres ayant participe aux différents séminaires du centre ou ayant évolué au sein de l’institution ont intégré les gouvernements de leurs pays ou ont été nommés dans d’autres organisations internationales.
Les microstations ont été, naturellement, transformées en websites des différents Ministères de la Culture.
Divers spécialistes en sciences sociales (archéologues, linguistes, anthropologues, ethnomusicologues) et artistes plasticiens de la region ont développé et consolide les liens établis a partir du CICIBA.
La crédibilité apportée aux programmes de l’institution pressentie, en 1851, par Wilhelm Bleek, par l’appui de Fontenoy permettra la poursuite de l’assistance de plusieurs entités partenaires au niveau bilatéral, multilatéral et prive.
L’un des grands acquis de cette dynamique sera la mise en place, en 1995, par la Commission de l’Union Européenne du Programme Culturel Bantu, pour une enveloppe de 5,6 millions d’euros.
L’intervention de Bruxelles, complétée, en 2001, par un nouveau de financement désigné Proculture, permettra de réaliser sur cinq ans plus de 300 microprojets dans les Etats membres du centre d’Awendje.
Ainsi, des réalisations ont été enregistrées, dans ce cadre, tels que l’établissement de listes nationales, informatisées, sur des sites sacres, la publication de travaux de fouilles archéologiques et d’ouvrages sur la toponymie ou les corpus oraux, la réédition de dictionnaires, la constitution d’herbiers, le lancement de disques de musique traditionnelle, la promotion de grandes figures historiques.
Des actions ont été, également, notées tels que l’attribution de prix a la Biennale de l’Art Bantu Contemporain, l’impression de pagnes sur des compositions d’art contemporain, la production de documentaire sur l’artisanat utilitaire et d’émissions radiophoniques sur les patrimoines iconographiques.
DIVERSITE DES EXPRESSIONS CULTURELLES
Le suivi par le « Nganga Mayele » du Centre d’ Agondje, jusqu’en 1987, a permis a cette institution de mettre en relief la pertinence du principe de la protection et la promotion de la diversité des expressions des cultures du monde.
En effet, son appui a la « mbanja des Bat’u » a contribue à affirmer toute la richesse des langues et du profil anthropologique, similaire, des populations de l’Afrique centrale, orientale et australe ; solides réalités fondées sur ces parlers, issus de l’ur bantu, bantu commun ou proto-bantu, idiome non directement attesté mais reconstitué par comparaison. Ceux-ci sont, génétiquement, apparentés ; cette évolution supposant, évidemment, de fortes convergences de caractère anthropologique.
Il est certain que le maniement du fil bantu par Mbow a aidé a l’établissement et l’adoption par la communauté internationale, quelques années, plus tard, de la Convention de l’UNESCO sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel et celle sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.
En effet, le monde bantu n’a d’égal, au monde, que l’espace indo-européen.
INTEGRATION AFRICAINE
La main de Mbow, premier africain à diriger la branche éducationnelle, scientifique et culturelle des Nations Unies, avait, également, une portée politique, celle de l intégration continentale.
En effet, l’ancien leader étudiant, panafricaniste, avait pleinement conscience du fait que dans trois des cinq régions de l’Organisation de l’Unité Africaine, les populations parlaient des idiomes, proches, celles du Niger-Congo, et présentaient, de ce fait, un contour anthropologique similaire.
En effet, les Bantu occupent, aujourd’hui, le tiers du continent et toute sa moitie insulaire, mais aussi, leur présence, ancienne, est attestée en Asie méridionale, au Moyen et Proche Orient, dans les Amériques et les Caraïbes, conséquence, pour l’ essentiel, des traites negrieres vers le Golfe Persique et les trafics transatlantique et trans-Océan indien.
Atout politique déterminant, trois régions de la structure fédératrice d’Addis, c’est à dire, l’Afrique centrale, orientale et australe, sont bantu.
Ils constituent aussi prés du tiers de la population mélano – africaine du monde, éparpillé depuis l’ estuaire du Rio de la Plata au Bassin de Mehrgarh, en Inde, en passant par les Grassfields nigérians, les la façade semi-désertique du Namib angolais, le plateau sud-africain du Great Karoo, les terres volcaniques de l’ archipel des Comores et l’embouchure du Chébéli, la fertile Somalie méridionale.
NOUVEL ORDRE DE L’INFORMATION
Sensible à la lutte de l’Ichule pour l’établissement d’un nouvel équilibre informatif dans le monde, le Centre International des Civilisations Bantu engagera une action de communication assez vigoureuse.
Cette dynamique sera agencée dans le cadre d’une structure professionnelle.
En effet, pleinement conscients de l’énorme efficacité, prouvée, des réseaux professionnels, et s’inspirant du combat du Doyen Mbow, des spécialistes de l’Afrique centrale, orientale et australe ont décidé en octobre 2005, a Libreville, au Gabon, siège du Centre International des Civilisations Bantu, l’organisation d’un cadre de travail, en network, dénommé Réseau International pour la Promotion de l’Identité et de la Diversité des Cultures Bantu, en sigle Bantulink.
Conçu comme une structure de production et de diffusion scientifiques, BL, a permis, grâce a une large stratégie de divulgation, la publication dans des dizaines de sites internet, d’ une centaine de travaux, en portugais, français, espagnol et anglais, portant sur des aspects lies a l’ extraordinaire histoire des migrations des peuples bantu, aux affinités et singularités de leurs langues, aux similitudes et particularités de leurs comportements anthropologiques et aux contacts civilisationnels intra et extra continentaux qu’ ils établirent.
Cette action, aujourd’hui animée a partir de Luanda, en Angola, amplement tributaire des prodigieuses facilites qu’offrent le web, a permis d’enregistrer divers résultats tels qu’un net développement d’échanges documentaires et d’information, un accroissement de discussions scientifiques, une amplification de demandes de données de la part d’étudiants, une augmentation de publication des travaux, dans une persistante déclinaison traditionnelle, dans plusieurs revues, magazines et journaux, ainsi que la participation a de nombreuses réunions et interventions universitaires internationales.
Le bilan fait est donc largement positif et confirme la justesse de la lutte du Mbuta Muntu à Fontenoy, dont les perspectives s’annoncent très encourageantes.
Le développement de Bantulink atteste, incontestablement, le grand atout que constitue, aujourd’hui, le travail et la publication en réseau internet, option, a tous points, rationnelle, qui se révèle, essentiel, pour l’affirmation de l’identité, de la diversité et du dialogue culturels, ensemble de valeurs liées, qui contribueront, sans nul doute, à contenir le choc des civilisations, dont les premiers effets ont été enregistres des l’avènement du nouveau siècle.
CONCLUSION
Il est incontestable qu’Ahmadou Mahtar Mbow a, comme Directeur General de la branche éducationnelle, scientifique et culturelle des Nations Unies, contribué, décisivement, sur le plan politique, diplomatique, scientifique et technique au lancement du Centre International des Civilisations Bantu.
Cet appui, direct, quinquennal, a permis la cristallisation de divers enchainements structurants au niveau de la vie scientifique et culturelle du continent et de sa diaspora.
La gestion du CICIBA par l’historien a la cinquantaine de Doctorats Honoris Causa, a, également, permis au monde d’accepter, sainement, le principe de la diversité des expressions culturelles, dont l’ un des corolaires est, bien évidemment, l’organisation d’ un nouvel ordre de l’ information.
En somme, l’on peut affirmer, après cette action en faveur des Bantu pour les sortir du « crystal ball », et à la suite de deux mandats à la tête de l’UNESCO, le citoyen d’honneur de la ville inca de Guayaquil, s’est bien range, avec un grand mérite, dans le clan des Immortels.
BIBLIOGRAPHIE
Obenga, Th., Racines Bantu.Bantu roots, CICIBA, Paris, 1992.
Souindoula, S.,
Idem , Die afrikanishe zeitgnossische Kunst und ihre
Beziehung zun Abdendland,
Institut Culturel Franco –Allemand / Universitat Tubingen, 1993.
Souindoula, S., Identite et Diversite Culturelle, in Dynamics of Communication: New Way and New Actors, Zagreb, 2006.
Thassinda Uba Thassinda, Amadou Mahtar M'Bow : un sahélien à l'Unesco, Paris, Présence africaine, 1989.
NOTES
(1) - Igcisa, expert, en xhosa
(2) – Mbuta Muntu, Doyen, en kikongo
(3) – Nganga Mayele, expert, en lingala
(4) – mbanja, corps de garde, en nzebi
(5) – Ichule, expert, en xhosa
Simao SOUINDOULA
Expert de l' UNESCO
Directeur de l'International Networking Bantulink
Luanda
(Angola)
Tel. : + 244 929 79 32 77